OPINION - 2026 sera l’année du risk manager… et c’est une excellente nouvelle
Typhaine Beaupérin, Risk Management Client Leader, Marsh Europe
2026 s’annonce comme un moment charnière pour les entreprises belges. Nous entrons dans une nouvelle ère où les risques classiques – incendie, responsabilité, incidents opérationnels – ne disparaissent pas, mais sont désormais éclipsés par des risques d’une tout autre nature : cybermenaces, tensions géopolitiques, impact climatique, dépendance à l’égard de chaînes d’approvisionnement complexes et, surtout, attentes sociétales accrues en matière d’intégrité et de transparence.
Les entreprises doivent désormais à la fois réagir et anticiper. Éteindre les incendies du quotidien tout en repensant leur organisation. Et c’est précisément dans ce contexte que le rôle du risk manager devient non seulement pertinent, mais stratégiquement indispensable.
Pourquoi 2026 sera une année charnière
Les signaux récents sont clairs. Les entreprises belges ont enregistré en 2024 un nombre record d’incidents cyber. Les inondations en Wallonie rappellent brutalement que les impacts climatiques ne sont plus un scénario lointain. Et ceux qui tentent aujourd’hui de s’approvisionner en pièces détachées venant d’Asie ou même d’Allemagne savent que les chocs logistiques ne sont plus l’exception, mais bien la nouvelle norme.
Qu’ont ces évolutions en commun ? Elles s’entrecroisent. Une cyberattaque peut paralyser une usine ou mettre hors service une plateforme de vente en ligne pendant plusieurs mois comme ce fut le cas récemment pour le britannique Marks & Spencer, ce qui pèse sur le carnet de commandes et influence ensuite des décisions financières ou d’investissement. Un incident climatique extrême peut affecter simultanément la sécurité du personnel, la production et la réputation. En 2026, la gestion des risques ne sera plus un appendice du plan stratégique. Elle sera le plan stratégique.
Là où les risk managers font la différence
L’image du risk manager réduit à un acheteur d’assurances ou à un expert technique persiste encore trop souvent. Pourtant, la réalité est toute autre. Le risk manager en 2026 n’est pas un poste de dépenses, mais un véritable dispositif de pilotage stratégique. Dans les entreprises belges, trois domaines illustrent particulièrement sa valeur ajoutée :
- Des plans d’action concrets
Les entreprises les plus avant-gardistes travaillent aujourd’hui avec des scénarios : Et si une cyberattaque paralysait notre plateforme de réservation en pleine haute saison ? Et si un fournisseur clé faisait faillite ? Et si de nouvelles réglementations ESG réduisaient nos marges de moitié ? Les risk managers traduisent ces scénarios en plans d’action concrets et en décisions d’investissement. Ce n’est pas un exercice théorique : c’est la raison pour laquelle certaines organisations se relèvent en quelques jours après une crise, quand d’autres y perdent des mois.
- Une vision transversale de l’entreprise
Un bon risk manager traverse les silos. Il ou elle comprend le fonctionnement de l’usine, les rapports financiers, l’architecture IT — mais surtout, comment ces univers interagissent. Cette vision transversale en fait l’une des rares fonctions capables d’avoir une compréhension holistique de l’entreprise et de fédérer les parties prenantes autour des risques émergents. En Belgique, ce sont précisément ces profils qui aident les dirigeants à devenir plus agiles, à protéger l’entreprise contre les menaces potentielles, mais aussi à agir comme un catalyseur d’innovation, de croissance et de résilience.
- Une culture du risque mature
C’est peut-être la plus grande valeur ajoutée du risk manager : l’instauration d’une véritable culture du risque. Pas comme un frein, mais comme un levier. Une entreprise où chaque collaborateur comprend que le risque est partagé – de la production aux ventes, de l’IT aux RH – devient plus rapide, plus intelligente et plus résiliente. Ce n’est pas un hasard si les entreprises dotées d’une culture du risque mature sont, sans surprise, souvent les plus innovantes et performantes.
La Belgique a besoin de plus de risk managers… et de plus de formations
Notre économie devient plus complexe, mais notre pipeline de talents ne suit pas. Les universités et hautes écoles belges proposent encore très peu de programmes spécialisés en gestion des risques d’entreprise (risk management). C’est une occasion manquée.
La gestion des risques par une approche globale couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur n’est plus une niche. C’est une discipline qui combine stratégie, analyse de données, psychologie, durabilité et technologie. Un domaine où les jeunes talents peuvent avoir un impact dès le premier jour.
Il est temps de lui accorder la même attention académique que celle donnée ces dernières années à la cybersécurité, au développement durable ou à la supply chain. La demande des entreprises existe, le besoin sociétal aussi.
Choisir un risk manager stratégique n’est pas de la prudence, c’est de l’ambition
Dans un monde où la disruption est la norme, les entreprises qui accordent une place stratégique à leur risk manager choisissent le progrès, pas la prudence. Elles optent pour la rapidité, la confiance interne et la capacité non seulement à résister aux chocs, mais à s’en renforcer.
2026 apportera son lot de nouveaux risques. C’est inévitable. Mais pour ceux qui les comprennent, ils ne sont pas une menace : ils deviennent une source d’insight, d’innovation et, finalement, d’avantage concurrentiel.
La véritable question n’est donc plus : Avons-nous besoin d’un risk manager ? Mais bien : Pouvons-nous encore nous permettre de ne pas en avoir ?
Typhaine Beaupérin, Risk Management Client Leader, Marsh Europe